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Ludovic ROCCA

Ludovic Rocca, né en 1975 à Orange, est depuis 2006 le réalisateur sonore de benjamins media.

Après des études de sciences, il s'oriente vers le son et obtient un diplôme d'ingénieur du son à l'ISTS Paris où il apprend la technique, mais aussi à se servir de ses oreilles. En plus " d'écouter ", il s'agit " d'entendre ". Il découvre le pouvoir narratif du son, l'acousmatique, qui consiste à écouter sans tenir compte du visuel, à considérer le son pour le son. En parallèle il pratique la musique au sein d'un groupe dans lequel il compose et apprend à développer sa sensibilité musicale. C'est à ce moment qu'il aborde le son de manière plus expérimentale en le travaillant comme une matière brute, à modeler à l'infini. La musique lui ouvre une porte vers l'imaginaire, vers un nouveau langage.

Il débute sa carrière comme stagiaire en radio, puis il passe par la télé avec la chaîne " Comédie! ". En 2000, il devient directeur technique d'un studio de doublage avec lequel il travaille principalement sur des séries de dessins animés jeunesse : enregistrement de voix, design sonore, bruitage, montage, mixage.
En 2006 il rejoint l'équipe de benjamins media et se consacre aux livres pour enfants. Le livre-CD constitue pour lui une formidable source d'inspirations, un univers imagé dans lequel les représentations mentales sont omniprésentes : le son, comme vecteur d'émotions, de sensations, capable de plonger l'auditeur dans un imaginaire très riche.

Contact: ludovicrocca CHEZ gmail.com

 

Entretien avec Ludovic ROCCA, août 2016, à l'occassion de la parution de Tout Rond

Quelles ont été vos premières idées sonores pour Tout Rond ?

Le défi principal à l’origine de cette mise en sons a été de réussir à associer des sons à des couleurs. Sur mon banc de montage, j’ai commencé à faire des zones dédiées aux couleurs. Dans chaque zone, j’ai déposé une collection de divers bruitages et ambiances sonores permettant d’illustrer ces couleurs. Rapidement, les associations se sont formées de manière évidente et le montage a pris forme. Pour illustrer la ville, vous n’utilisez pas que des bruits de ville, mais des bruits qui évoquent l’industrie... Au début de l’histoire, la ville est associée à la couleur grise, mais aussi à l’idée de répétition, d’un certain ennui… Cela m’a tout de suite fait penser aux films en noir et blanc de Fritz Lang (Métropolis) ou encore à ceux de Chaplin (Les Temps modernes), où la ville est un monstre mécanique, industriel et répétitif. J’ai donc utilisé des prises de sons réalisées dans une imprimerie : le son des rouleaux et presses est cyclique, rythmique, à la fois lourd et véloce, implacable. Ces sons permettent de suggérer le mouvement perpétuel de la ville, comme un mécanisme d’horloge qui tourne sans arrêt et entraîne Tout Rond dans ses engrenages. Pour enrichir le paysage sonore et élargir la profondeur de champ, j’ai ajouté un marteau piqueur et un fond de trafic routier. Ces sons sont eux aussi de couleur grise car inharmoniques, comme l’est le bruit. La musique en pizzicatos vient reprendre la rythmique des machines et amène un peu de légèreté en ce début d’histoire.

Tout Rond est un album aux atmosphères graphiques et sonores riches. Ça n’a pas été trop difficile de créer une ligne sonore entre toutes ces atmosphères ?

Au contraire, c’est un texte qui suggère beaucoup et qui est très ouvert à la mise en sons, aux transitions entre différentes atmosphères sonores, au mélange des bruitages. Toutes les couleurs rencontrées par Tout Rond dans son voyage sont l’occasion de faire le lien entre la sensation visuelle et les sonorités. L’exercice consiste à associer une couleur avec des sons : c’est de la synesthésie ! Mais rien n’est simple car chacun a sa propre interprétation et aucun langage universel n’existe. Ici, les associations sont souvent choisies par analogie visuelle : le cri du corbeau (noir), l’eau (bleu), le sable (jaune), etc. Mais encore une fois, c’est une proposition ; une autre personne pourrait associer le cri du corbeau au vert ! Nous sommes dans une exploration sensorielle et nous questionnons l’auditeur sur sa manière de lier les sens entre eux.

Concernant la musique, elle s’impose dès la découverte du texte ?

Pour Tout Rond, la musique devait suggérer le voyage, la découverte, le mystère, l’émerveillement, tout en laissant assez de place aux sons qui restent les éléments centraux. En écoutant ces thèmes de Nick Harvey, j’ai aimé le minimalisme, ce côté aérien, discret, offrant les espaces aux bruitages et atmosphères.